Candidature au Conseil d’Etat

Au début du mois de novembre 2016, j’ai fait part à mon parti de ma volonté de me porter candidate à l’investiture socialiste pour le Conseil d’Etat vaudois. Soutenue par ma section du PS yverdonnois et par la Régionale Jura-Nord-vaudois du PSV, voici la lettre que j’ai adressée à la direction du parti et aux élus cantonaux socialistes pour annoncer ma décision et les raisons de mon engagement pour ce nouveau défi.

 

SUISSE CESLA AMARELLE PS VAUD

Yverdon-les-Bains, le 3 novembre 2016

Chères et chers camarades,
J’ai le plaisir de vous annoncer ma candidature interne en vue des prochaines élections au Conseil d’Etat. Après un temps de réflexion qui s’avère indispensable lorsqu’il s’agit de briguer de telles responsabilités, j’ai pris cette décision suite à des échanges avec ma famille, des membres de notre parti, ainsi qu’avec des amis et des proches actifs dans le monde associatif. J’ai ensuite soumis ma candidature pour approbation de mes camarades du Parti socialiste yverdonnois et de la Régionale Jura Nord-vaudois. Forte des nombreux soutiens reçus et de celui unanime de mes camarades de région, c’est portée par cet élan collectif que je me lance aujourd’hui dans la course interne, après en avoir informé la présidence du parti et les membres socialistes du Conseil d’Etat.

 

Si je me présente, c’est parce que je suis convaincue que je peux apporter une contribution utile à l’avenir de notre Canton et au quotidien des Vaudoises et des Vaudois. Parce que c’est dans notre canton que bon nombre d’enjeux décisifs se jouent pour nous, socialistes. Et parce que la politique cantonale me passionne et que je m’y suis toujours engagée, parfois pour des causes sur lesquelles vous m’avez peu ou moins entendue ces dernières années. Pendant ma scolarité, j’ai milité afin que le système des bourses d’études soit amélioré pour tous les jeunes vaudois en formation, apprentis et étudiants. Durant mes études à Lausanne, mon engagement s’est concentré à combattre les programmes d’austérité des années 1990, qui ont menacé la démocratisation des études voulue par notre parti. Puis, mon engagement au niveau cantonal s’est élargi: pour favoriser la régularisation de plusieurs centaines de travailleurs et de personnes vulnérables issus des pays de l’ex-Yougoslavie, pour la défense du pouvoir d’achat des consommateurs économiquement fragilisés et pour mieux concilier travail et vie de famille. La question des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes comptent aussi parmi mes engagements prioritaires.

 

En tant que députée au Grand Conseil vaudois de 2007 à 2011, j’ai apprécié le climat constructif qui règne au sein de nos institutions cantonales grâce à une politique de compromis dynamiques. Les plébiscites devant le peuple des deux initiatives parlementaires dont je me trouve être à l’origine, l’une sur l’accueil de jour parascolaire et l’autre sur les élections à la proportionnelle dans les communes de plus de 3’000 habitants, ont aussi contribué à faire avancer cette dynamique. C’est également autour du vote crucial de la Loi sur l’enseignement obligatoire, la LEO, que s’est forgée une alliance propice à construire dans l’intérêt général, alliance au sein de laquelle j’ai pu œuvrer comme présidente du Parti socialiste vaudois.

 

Sur la base de ce que j’ai pu vivre en tant que conseillère nationale à Berne ces dernières années, j’éprouve une grande reconnaissance pour notre canton : il est devenu un modèle en matière économique et sociale, plus particulièrement en ce qui concerne la défense des salariés, la formation, l’intégration et notre politique d’investissements. Ces acquis sont le résultat d’une volonté politique. En tant que socialistes vaudois, nous pouvons en être fiers. Parce que nous sommes à l’origine, au cours de ces quinze dernières années, des rares réformes progressistes qui ont été conduites dans ce pays.

 

Pour que gouverner dans l’intérêt général ait un sens, un travail d’équipe permanent entre des personnalités aux convictions fortes, et capables de forger des compromis utiles, constitue une nécessité. Alors que le PSV s’apprête à discuter de son programme, le temps n’est pas venu ici de présenter des priorités ou des propositions ; nous aurons tout le temps nécessaire ce samedi. Toutefois, j’aimerais partager quelques considérations qui me paraissent cruciales pour notre action à venir et quelques points qui me tiennent particulièrement à coeur.

 

Renforcer notre économie et mieux défendre notre pouvoir d’achat

 

Ces dix dernières années, le Canton de Vaud a connu, de manière presque ininterrompue, une croissance économique supérieure à la moyenne suisse. Il s’agit de poursuivre dans la direction tracée par le gouvernement pour le maintien et la création de places de travail notamment dans le secteur des technologies. Grâce à la défense des emplois industriels traditionnels, notamment Novartis à Nyon, l’économie vaudoise se porte bien, même si la conjoncture internationale représente un risque constant pour nos places de travail et nos rentrées fiscales. Nous devrons aussi être créatifs pour que le développement du secteur tertiaire se fasse dans notre Canton avec des emplois durables et socialement responsables. Dans le même temps, il est indispensable que les autorités cantonales veillent à renforcer le pouvoir d’achat des ménages vaudois, cet autre moteur fondamental de la croissance. Les récentes réformes sociales que nous avons initiées apportent une contribution importante en ce sens.

 

Assurer l’impératif d’intégration de toutes et tous

 

Le deuxième défi prioritaire porte sur l’intégration qui, dans un canton aussi diversifié que le nôtre, nous concerne tous. C’est un thème qui me tient à cœur, car il touche aux fondements de notre société.

 

En ce qui concerne les personnes migrantes, nous avons tout à gagner à ce que la balance entre leurs droits et leurs devoirs soit équilibrée. L’Etat doit soutenir les efforts d’intégration, notamment en matière linguistique, expliquer et faire respecter aussi les valeurs fondamentales qui nous relient. Je pense notamment au respect de l’égalité entre les sexes, aux droits des femmes, au clair rejet des intégrismes, quels qu’ils soient.

 

J’ai moi-même vécu cet impératif d’intégration dès ma petite enfance. Arrivée à l’âge de cinq ans à Yverdon, sans parler un mot de français, j’ai dû et pu apprendre rapidement la langue de Ramuz. Grâce à l’accueil de mes camarades d’école et surtout grâce au soutien et aux exigences de mes enseignants, ce premier pas m’a permis de me faire une place à l’école, puis au sein de la société vaudoise. Toute personne doit être en mesure de pouvoir saisir cette chance dont j’ai pu bénéficier. Je suis convaincue que garantir cette possibilité est au cœur des missions les plus nobles de l’Etat.

 

L’intégration est toutefois un enjeu crucial bien plus large. Sur le plan économique, en permettant aux travailleurs précaires et aux bénéficiaires de l’aide sociale aptes au travail de retrouver un emploi stable. Sur le plan de la formation, il faut donner à la LEO les moyens de ses ambitions et consolider la démocratisation des études, que celle-ci se traduise par l’accès à un certificat fédéral de capacité par le biais de politiques ciblées, par le programme FORJAD ou par les ponts conçus entre les différentes filières de formation. Autre sujet de préoccupation : le risque de pauvreté ne cesse d’augmenter avec l’âge et persiste après la retraite. Etre chômeur de plus de 50 ans signifie trop souvent ne plus pouvoir retrouver d’emploi stable. Pour permettre de faire bénéficier l’économie le plus longtemps possible de l’expérience de cette frange de la population, il s’agit de développer des mesures ciblées, car la Confédération reste encore muette sur ce point. Les mesures d’intégration pour les aînés des 3e et 4e âges doivent aussi être consolidées afin de tenir à distance les effets dévastateurs de l’isolement social.

 

Enfin, sur le plan fédéral, les contre-réformes actuelles concernant les retraites touchent surtout les femmes. Dans un canton pionnier dans le domaine du droit de vote des femmes, il est indispensable que des mesures novatrices confirment, dans les faits, le principe d’égalité voulue par notre Constitution.

Construire ensemble l’avenir de notre canton

 

Le troisième enjeu est celui de la préparation de notre canton aux défis de demain. Et ces défis sont nombreux, avec pour toile de fond un dynamisme démographique et, simultanément, le vieillissement de notre population. Que ce soit en matière d’infrastructures liées à la mobilité, en matière de santé, de formation ou d’accueil de jour des enfants, dans le domaine de la sécurité publique ou dans celui de la mise à disposition de terrains pour les entreprises ou pour la construction de nouveaux logements, les besoins pour les années à venir sont conséquents. Tout comme ces dernières années, leur satisfaction nécessitera également de maintenir un dialogue constructif entre les autorités cantonales et communales, parmi lesquelles il s’agit de tenir compte de la situation spécifique des grandes villes dont évidemment Lausanne et des centres régionaux.

Nous donner les moyens de notre politique : un travail collectif et un travail d’équipe

 

La période électorale qui débute montre déjà la vivacité de notre démocratie. Celle-ci repose en premier lieu sur un travail collectif, celui des partis, celui des groupes politiques, celui des nombreuses associations actives dans notre Canton, celui de tous les gens qui s’engagent dans l’intérêt général. En tant que socialistes, nous savons combien le collectif et la défense de l’intérêt général sont importants. C’est aussi parce que j’ai foi dans cette action collective, dans notre action collective, que je suis aujourd’hui une élue du peuple et souhaite me présenter devant le Congrès pour cette candidature au Conseil d’Etat.

 

Je sais aussi combien le travail d’équipe sera important tant dans cette campagne que dans cette fonction. Et je souhaite m’y inscrire pleinement. L’excellente santé des finances vaudoises est un puissant gage pour la construction harmonieuse de notre avenir. C’est pourquoi elle doit bénéficier à celles et ceux qui en ont besoin : sur le terrain, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans le monde du travail et pour aider toutes celles et ceux qui en sont exclus aujourd’hui. C’est aujourd’hui l’un des résultats tangibles de la politique des compromis dynamiques forgée par les autorités vaudoises, et voulue par la population. Demain, maintenir ce cap et le consolider sera un travail de tous les instants.

 

Aux côtés des autres candidates et quelle que soit l’issue du congrès du 14 janvier prochain qui choisira le ticket pour le Conseil d’Etat, je m’engagerai à défendre les priorités que notre Congrès retiendra. J’aime ce canton, ses institutions, sa diversité, ses développements et ses perspectives. Je suis convaincue que la consolidation de la politique des compromis dynamiques, qui a marqué notre vie politique pendant l’actuelle législature, est une garantie indispensable pour le développement harmonieux de notre collectivité. Nous pouvons être reconnaissants de cet état d’esprit, qui a certes fluctué par le passé, mais qui est aujourd’hui constant pour faire progresser l’intérêt collectif et pour forger notre destin commun.

 

En me réjouissant de vous rencontrer ce samedi pour débattre ensemble sur notre programme cantonal et en restant à votre entière disposition, je vous adresse, chères et chers camarades, mes salutations solidaires.

 

Cesla Amarelle

Pourquoi je m’engage

Mes engagements militants et professionnels ont toujours tendu vers cette fibre socialiste. J’aime ce parti, je suis fille et petite fille de militants socialistes et c’est toujours un véritable honneur et privilège pour moi que de le représenter.

Plus que toute autre section du PS suisse, le PS vaudois a démontré durant ces dernières années que c’est en défendant ses propres valeurs que la gauche progresse. La défense de la juste répartition des richesses (fiscalité, travail, salariat), un rapport critique à la société de consommation (pouvoir d’achat, publicité, crédit, environnement), le développement des services publics (formation, santé, infrastructures, logement) et des assurances sociales, l’engagement pour un droit migratoire et d’asile respectueux de la condition humaine : voici des thèmes qui me sont chers et sur lesquels la gauche est capable de gagner pour autant que les positions soient compréhensibles. Il nous appartient de positionner le PS sur une ligne claire. C’est en créant patiemment un rapport de force sur ces questions que la gauche peut obtenir des résultats. Que ce soit en empêchant la tentative de privatisation de la BCV, en obtenant une issue digne à la crise des «523», en barrant la route au niveau vaudois à la prétendue réforme fiscale des PME ou en se battant pour les PC Familles.

Il s’agit d’apporter un vrai soutien aux exclus du monde du travail. Par la création de possibilités de reconversion professionnelle et d’acquisition de qualifications (dont par exemple un CFC) pour les salarié-es sans titre de formation professionnelle. Par des programmes publics d’envergure créateurs d’emplois en matière de reconversion écologique d’une partie de l’industrie, d’assainissement énergétique des bâtiments, de modernisation et d’extension des transports publics et par des investissements publics conséquents dans la construction de logements modernes, écologiques et à un prix abordable pour faire face à la pénurie actuelle. D’autre part, nous avons le devoir de combattre la crise par une politique anticyclique des collectivités publiques et par la défense du pouvoir d’achat de la population.

J’ai l’intime conviction que l’avenir de la gauche se joue dans le parti socialiste, et que l’avenir du PS se joue dans sa capacité à regagner sa crédibilité auprès des couches moyennes et populaires ainsi que dans sa capacité à recréer une culture de vie autre que celle qu’on nous impose aujourd’hui.

Qui paye le prix fort ?

Pour les salariés et les consommateurs les faits sont là. D’un côté, la force du franc menace des centaines de milliers d’emplois. Elle s’explique notamment par une spéculation effrénée dont une des sources réside dans les transactions pilotées depuis l’UBS et le Crédit Suisse pour leur propre compte et celui de leurs riches clientèles.

De l’autre, les prix d’un nombre impressionnant de produits sur le marché intérieur helvétique sont encore plus scandaleusement surfaits que d’habitude. Les responsables les plus emblématiques en sont les importateurs de voitures bénéficiant d’une situation de monopole comme Walter Frey sur Toyota, un inconditionnel du blochérisme pseudo-libéral, et les grands patrons de la chimie bâloise. Acheter une voiture en Suisse coûte en moyenne plus de CHF 15’000.- plus cher qu’ailleurs.

Face à cela, l’inefficacité et le silence complice de la politique poursuivie par la majorité bourgeoise sous la coupole fédérale sont étourdissants. Au lieu d’instaurer un contrôle rapproché des flux financiers pour endiguer la spéculation, on se limite à des communiqués de presse des dirigeants de la BNS. Au lieu de doter la Confédération d’instruments interventionnistes pour lutter contre l’îlot de cherté suisse, la majorité bourgeoise se contente de ce qu’on a jadis appelé l’«action morale sur les prix», soit le fait que les producteurs privés consentent – comme par magie – à réduire leurs propres marges de bénéfice. Elle oublie de dire que la Suisse est le pays le plus cartellisé au monde pour la formation des prix. Dans les secteurs où les cartels sont à l’œuvre (produits chimiques et pharmaceutiques, voitures), les prix stagnent ou progressent. Là où il n’y a pas de cartels, la baisse des prix à l’importation se vérifie régulièrement pour plus de 5% (cf. produits agricoles).1

Cette démission du politique est inadmissible face à une crise qui menace d’un retour fulgurant. Les dirigeants bourgeois prêchent pour l’essentiel le «tenir bon», soit le renoncement assumé à des mesures de lutte véritables contre la crise, et brandissent les bannières du «moins d’Etat » et du «laisser-faire». Le combat du chômage et de la crise rampante qui guettent notre pays par des investissements publics massifs dans la reconversion écologique de l’économie suisse et une meilleure redistribution des richesses par l’impôt fédéral sur les successions menaceraient les intérêts fondamentaux de cette même majorité bourgeoise.

Ceux qui paient le prix fort de cette absence d’action sont les salariés, les chômeurs et les consommateurs. Il est grand temps de changer de cap. Le renforcement du Parti socialiste et de ses alliés lors des élections fédérales du mois d’octobre, l’adhésion du plus grand nombre de salariés aux syndicats et des consommateurs aux associations qui les défendent sont dès lors une nécessité pour changer de politique économique.

1 OFS, Indice des prix à la production et à l’importation, juillet 2011.

Entrée sur la toile

C’est avec curiosité et plaisir que je rejoins aujourd’hui sur la «toile» tant d’autres femmes et hommes politiques. Une démarche que j’avais il est vrai hésité à effectuer, non pas en raison d’un quelconque préjugé à l’égard de l’outil en question, mais tout simplement par manque de disponibilité.

Ces dernières années passées sur le terrain de la politique ont été particulièrement denses.

La pause estivale a ménagé l’espace nécessaire à la mise en place de ces pages et l’échéance des prochaines élections fédérales a constitué un excellent stimulant. Je souhaite que ce blog devienne un point de rendez-vous et un lieu d’échanges enrichissants entre nous. Soyez toutes et tous bienvenu-es. Bonne lecture et au plaisir de vous retrouver ici.